Au clair de Lune (érotique)

AU CLAIR DE LUNE - roman érotique

POUR PUBLIC AVERTI

Lune vit au clair de ses envies, de ses rêves et de ses réalités comme dans un film, parfois actrice, souvent réalisatrice ; elle vit au clair d’elle-même. N’imaginez pas, ne pensez pas, ne croyez pas qu’elle est une femme facile ou autre, il n’en est rien : elle est juste une femme libre, et même plus simplement, plus évidemment, une femme, sans adjectif superflu.Libertine ? Que signifie ce mot ? Une vérité qui n’est pas la même pour chacun… Lune remet en cause les limites de la morale conventionnelle tout en cultivant un raffinement certain. Cela ne veut pas dire qu’elle fait n’importe quoi, bien au contraire.

Romantique ? Lune préfère l’instinct, le sentiment à la raison. Profondément idéaliste, passionnée, désespérée, elle est une enfant du siècle, mais de quel siècle ?

Au gré du vent, elle avance, glisse, s’envole d’une vie parfois trop lourde, la coinçant au sol, pour devenir enfin futile et légère au dessus de vous, de nous, de moi, d’elle ; et quand elle se voit, elle est heureuse, sans honte, sans gène, car il n’y a pas de quoi.

Alors, si vous la croisez un jour, et qu’elle tourne autour de vous, n’oubliez pas que Lune est un morceau de nous qui s’éloigne tous les jours un peu plus de la Terre.

Basé sur des histoires vraies, puisque l’érotisme ne s’invente pas !

196 pages – 13×19 – ISBN 978-2-3220172-9-4

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Avec le code ISBN : 978-2-3220172-9-4

 


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Un extrait de Au Clair de Lune


Le crime de l’Orient-Express

Le train est gris ; le bruit est gris ; le soleil est gris ; les gens aussi. À croire que le gris est la couleur officielle de la banlieue. Et comme chaque matin, avant chaque soir pour le retour, Nicolas se métro-boulot-dodo dans une ritournelle sans parole ni musique, sans image et sans son.

Alors, Nicolas rêve.

Il rêve aujourd’hui que ce train qui le navette de Paris à Aulnay-sous-Bois est l’Orient-Express, qu’Istanbul devient son nouveau terminus et que la poussière qui frappe les vitres n’est que la fumée de la locomotive centenaire qui se tuberculose inexorablement, et se cancérise au grand dam des médecins. C’est qu’il en a parcouru des kilomètres, mais il n’a jamais fait autre voyage que celui de tourner en rond.

Il rêve.

Il rêve que les nuages gris n’en cachent pas d’autres gris, mais des blancs barba-papa et des bleu guimauve. Sûr que Nicolas serait encore un enfant si on ne l’avait pas obligé à grandir. Les parents ne sont pas toujours très cool. Alors, il a accepté, mais son esprit vagabonde autant qu’il peut et aussi loin qu’il est possible d’aller sans retour.

Il rêve.

Il rêve que demain est déjà un autre jour, qu’hier n’a pas d’intérêt et qu’aujourd’hui, la vie est belle parce que ses yeux l’ont décidé. Regardant vers le fond du wagon, juré qu’il voit un avenir plus fertile que les plaines de bétons qui jaillissent de la fenêtre du train et qui ne fleurissent jamais.

Il rêve.

Il rêve que la femme qui vient de s’asseoir deux sièges plus loin, est russe, ou orientale, ou les deux, que son manteau de simili fourrure recouvre un corps chaud comme du lait frais, que sa toque protège ses cheveux de soie prêts à s’envoler au premier souffle d’amour, et ultime fantasme, qu’elle le regarde, lui, le moujik de banlieue à deux roubles cinquante dans ce transsibérien de fortune.

Il rêve.

Pourtant, à mieux y voir, elle le regarde vraiment, avec une insistance impertinente tout en parlant avec son amie d’on ne sait quel sujet. Alors, il baisse les yeux, par politesse, par respect, par honte. Elle ? Une jeune femme prénommée Lune qui passe par là, qui ne repassera peut-être plus, sauf pour d’autres, plus tard, ailleurs.

Il ne rêve plus.

Il se raisonne et relève vivement sa tête ; il remarque alors que ses yeux bleus se détachent aisément de la grisaille ordinaire. Un nouveau ciel vient de naître dans son wagon. Aussi la fixe-t-il le plus longtemps possible, sans faillir, tant que le courage l’accompagne. Malgré son bavardage, elle continue à le viser et elle ne baisse pas sa garde. Nicolas se sent gêné. Il reprend le combat et sa respiration et par un léger mouvement de ses yeux, il la dévisage puis la déshabille. Elle ne semble pas s’en plaindre d’autant qu’elle décroise les jambes, mais sans rien laisser paraître. Le mystère reste entier ; Nicolas est surpris. Il imagine ses seins blancs dans ses mains imprudentes et sa langue dans son cou pour évaporer les derniers cristaux de neige sibérienne. Une bonne minute vient de s’écouler en même temps qu’une larme de sueur sur son front. Ni l’un ni l’autre ne lâchent prise. Personne ne peut les déranger.

– Billets ! S’il vous plaît !

Le train file à bonne allure sur des aiguillages qui font sursauter le couple passager. Ils reprennent leur duel, leur bataille, leur combat, leurs ébats fictifs, sans perdants. Nicolas croit la sentir sur lui ; elle se mord les lèvres. Il va craquer ; elle va craquer ? Le temps n’a plus rien à faire contre eux et finit par les oublier.

Alors, ils se font l’amour, sans se toucher, devant des usagers des chemins de fer qui ne voient rien, ne se doutent de rien, et qui ne méritent pas d’entrer dans leur complicité. Que leurs yeux parlent si bien d’amour ! S’est-elle aperçue qu’innocemment, le jeune garçon bande de bonheur ? Il n’a plus honte de rien. Et elle ? Dans quel état pourrait-elle être ? Il a envie d’elle. Devrait-il se lever, aller vers elle, lui parler ? Et tout gâcher ?

Il reste en place même si son corps vibre de plus belle. Le train ralentit. Une gare. Nicolas ne veut plus bouger, car il ne peut plus bouger. Il est à la limite du point de non-retour, du terminus. Elle ouvre ses yeux encore plus grands, comprenant peut-être ce qui se passe et Nicolas, agréablement, doucement, immobile, éjacule sans bruit dans son pantalon de toile claire, sans crier gare, partageant son plaisir avec la jeune femme. Une légère tache apparaît, comme un clin d’œil pour sa complice qui ne semble pas choquée. Est-ce un crime ? D’ailleurs, l’a-t-elle réellement vue ?

Le train s’est arrêté ; l’inconnue du train de banlieue en descend rapidement et la brume l’emporte lâchement. Les rails se remettent à rouler et le train redémarre vers sa destinée, irrémédiablement.

Nicolas, lui, reprend son train quotidien, sans son guide, sans sa Nathalie improvisée, sans rien savoir de plus au clair de Lune.

Le ciel est un peu moins gris, les gens aussi, mais pour rejoindre un jour Vladivostok ou Venise avec son amante du matin, il sait qu’il lui faudra encore rêver beaucoup, et toujours plus fort. Toujours.


Le sixième sens

Louis n’a pas peur de découvrir Lune. D’ailleurs, avec tout ce qu’ils se sont raconté au téléphone depuis ces quelques heures, ils se connaissent presque.

Presque.

Physiquement, ils n’ont pas l’ombre d’une idée de ce que l’autre peut revêtir comme apparence et quand bien même, ils se décriraient que cela ne pourrait suffire. Alors, chacun, accroché à son téléphone, continue avec des mots plus sonnants que ceux écrits sur le clavier de leurs ordinateurs reliés à l’Internet, tel un fil d’Ariane du 21e siècle, en ce début de journée. Se parler sans se voir est pour eux une expérience inattendue : rien ne les empêche même de ressentir comme un sentiment amoureux. Est-ce absurde ? Non, le timbre de la voix, le rire, le sourire, les silences, tout parle, tout cause, tout induit.

Voilà comment deux pseudo deviennent des êtres humains ; voilà comment deux bouts de fibres optiques se mettent en phase sur un réseau de rencontres aveugles ; voilà comment deux cerveaux se connectent sur les grandes ondes de leurs désirs et s’inventent mutuellement au risque d’être profondément déçus lors du choc physique.

La nuit est tombée alors que leurs envies respectives sont montées en mayonnaise aphrodisiaque ; la cuillère tient toute seule, il n’y a plus qu’à déguster.

– Et si je venais te voir ? propose Louis.

Il était grand temps qu’un se décide à agir. Lune accepte en émettant un doute, ce fameux doute sensuel qui fait frissonner de peur et de plaisir.

– J’ai envie de toi, tes paroles m’ont encensée, mais si nos yeux ne suivent pas nos mots, que ferons-nous ? Comment ferons-nous ?

Louis laisse un silence passer en une longue respiration. Ne rien faire risque aussi d’être une déception.

– Il fait nuit, donne-moi ton adresse, Lune, et n’allume pas chez toi. Tu me guideras jusqu’à toi par ta voix et tes mains, et je ne veux pas te voir, comme tu ne me verras pas. J’arriverai vers vingt-et-une heures trente et à minuit pile, tel le frère de Cendrillon, je partirai, non sans nous avoir fait l’amour.

Lune s’exécute, tremblotant de sa voix, prouvant ainsi sa réelle excitation qui a dépassé de loin sa peur. Elle raccroche enfin, commençant à croire en des orgasmes proches et puissants, tant elle en a les envies. Elle part vers la douche, se regarde dans la glace, se démaquille et éteint alors la lumière, comme pour s’entraîner, comme pour déjà frissonner, comme pour déjà jouir.

Mais il n’est que vingt heures.

Louis, de son côté, se sent prêt. Il a le temps de la route pour douter et imaginer la situation peu cocasse dans laquelle, une fois de plus, il vient de se ficher. Il n’aime pas que son sexe prenne le pas sur son cerveau, mais il pense pour une fois que ce sera plus intellectuel que cela n’y paraît. Son sexe, son cerveau ? Qui a dit que les deux n’étaient pas reliés ? Après tout, c’est agréable de se laisser guider par son instinct et puis, ce sont les femmes qui font culpabiliser les hommes alors qu’elles sont bien heureuses d’en profiter animalement, parfois.

Il part, sans doute, cent doutes. Il n’y pense pas.

La route file de part et d’autre de sa voiture vers une inconnue qui ne l’est qu’en partie. La nuit est noire : complice ? Puis, sans avoir eu notion du temps du voyage, il s’arrête devant l’immeuble et ne lève surtout pas la tête, la moindre triche gâcherait le contrat ; il sonne à l’Interphone ; une voix de femme lui répond ; c’est bon signe ! Louis n’a pas voulu penser que Lune aurait pu lui donner une mauvaise adresse. Il gravit les étages qui n’en finissent pas et atteint la porte de Lune ; il met vite le doigt sur le judas qui pourrait le trahir et ne le retire que quand la minuterie se couche ; il toque d’une caresse la porte en bois qui s’ouvre dans un noir inconnu et inexploré comme un vagin de vierge : Lune est là. Plutôt, Lune semble là. Elle lui prend la main et l’entraîne, sans doute, dans l’entrée et referme la porte, doucement, pour ne pas l’effrayer.

Aléa jacta est.

Sans doute le couloir, sans doute la salle de bain, car mille parfums embaument ses narines qui ont remplacé ses yeux. La douche se cascade chaudement ! Le voilà sur une île inconnue de l’homme qu’il est. Lune glisse Louis dessous après l’avoir déshabillé sans presque le toucher. L’eau ruisselle sur son corps, tout son être est envahi de douceur. Elle lui embrasse le gland prudemment, comme un fruit d’une passion pas tout à faire défendue pour le mettre en confiance. Tout va bien : il l’est. Il vole.

Puis, comme convenu, Lune le dirige vers sa chambre où seul le radioréveil envoie un filet de lumière rouge et donne la notion d’un temps qu’ils veulent réellement infini. Cela suffit pour que les corps ne restent que des ombres. Le bâton de sourcier de Louis, très droit, très sûr et très fier lui montre le chemin vers Lune qui lui parle en à peu près ce langage :

– Viens me retrouver, je suis là, écartée, pour toi, tu ne me vois pas, mais si tu t’approches, tu me devineras. Nos mains seront nos yeux. Viens jouir avec moi, s’il te plaît !

Le programme est donné : Louis commence par la deviner, puis par la toucher. Les femmes sont uniques, certes, mais leurs corps se ressemblent et c’est sans peine qu’il trouve puis croque le doux fruit quasi épilé de Lune avant même de l’embrasser. Il n’y a ni ordre, ni évidence ! Ses mains remontent sur le ventre de la femme et agrippent des seins dont les tétons montrent la direction du ciel ; des cris s’échappent de la gorge de Lune, indiquant à Louis qu’il est sur la bonne voie, sur la bonne voix, lui aussi ; et cela dure autant qu’il faut pour que Lune jouisse, tout simplement, très rapidement, sans honte, dans des spasmes sincères, tant elle en avait envie. Quel honneur, quel plaisir, quelle satisfaction pour Louis que de l’avoir entendue ainsi !

Les quatre autres sens se décuplent pour pallier celui qui manque. Et ils se parlent, doucement, lentement, tout le temps que durent les étreintes. Leurs voix les guident puisqu’ils sont aveugles sur ce chemin non balisé. Le toucher se pourvoit de tentacules pour mieux envelopper, mieux appréhender ; le goût analyse les flux parfumés des corps pour s’en imbiber ; ils entendent, écoutent, la moindre des vibrations, pour mieux aller là, au but, au sommet, au pic majuscule du Plaisir.

Sans oublier le sixième sens, qui les a fait se rencontrer…

Quand il la pénètre, il est au plus près, mais ne la voit toujours pas ; il prend sa tête entre ses mains, et la caresse longuement pour en dessiner dans son esprit tous les contours. Blonde ? Brune ? Elle sera comme il veut ! Voilà qui est bien pratique ! Alors, il vibre en elle doucement, puis certainement pour la connaître aussi de l’intérieur, de face, de coté, puis de dos, puis de face, puis de dos, puis…

Il est déjà vingt-trois heures trente quand Lune entame ses caresses fellatrices sur Louis ; il ne résiste pas, il sait qu’il va jouir, les yeux ouverts, et déposer son sperme sur la langue de cette femme qui donne et prend du plaisir simultanément. Elle alterne mains, seins, et bouche. À minuit moins cinq, il éjacule dans sa bouche en la remerciant d’avoir été si proche de lui dans ce jeu d’adulte.

Respectant le suce-dit contrat, Louis se lève et ramasse ses vêtements précisément posés. À minuit, il claque la porte de la chambre, de l’appartement, puis de l’immeuble et enfin de sa voiture. Il ne regrette pas de s’être laissé aller, de ne s’être pas posé de question. Il ne culpabilise pas.

Elle va s’endormir, seule. C’était la règle du jeu. Louis est reparti avec des souvenirs autant humides que sa compagne. Ils ne se sont jamais vus et s’ils se rencontrent un jour dans la rue, ils ne sauront pas qu’ils ont mélangé leurs corps et sûrement leurs âmes. À moins qu’ils ne se parlent…


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Thierry BRAYER, Écrivain, Coach en écriture